
— Je suis vraiment obligée d’y aller ?
— Si tu veux faire partie du club, tu dois rapporter une fleur d’Athyl. C’est comme ça.
— Les Gardiens de la forêt…
Alice me coupe avec un brusque soupir agacé.
— Ils ne te feront rien si tu utilises ta magie correctement. Mais si tu as peur, on peut rentrer au dortoir maintenant ?
Je déglutis et observe les couleurs changeantes du bois avec une pointe d’angoisse dans le ventre. Elsa en profite pour me pousser fermement dans le dos. Cinder gronde à mes pieds et elle se recule aussitôt.
— Quand est-ce que tu contrôleras mieux ton dragon ? peste-t-elle.
Alice pose une main sur son épaule pour la tirer un peu plus vers elle, puis elle plante encore son regard dans le mien.
— Froussarde.
— C’est bon, j’y vais…
Les poings serrés contre mes cuisses, raide d’angoisse, je fais un premier pas. Puis un autre. Pourquoi est-ce que je voulais tellement rejoindre leur club, déjà ? C’est ça. Parce que c’était l’un des clubs les plus prestigieux de l’Académie et que mon père avait insisté. Moi, je m’en contrefiche de ce club. Il ne m’intéresse pas. Et pourtant, me voilà, à devoir braver les Gardiens de la forêt pour rapporter une fleur protégée.
Je sens Cinder se blottir contre mes jambes. Il tremble. Mes poings se crispent de nouveau. C’est l’une de ses crises de douleur qui commence. Il essaie de me le cacher, parce qu’il sait que c’est important, ce club. Je souffle brusquement par le nez. Ça ne l’est pas autant que lui. Rien ne le sera jamais.
— Viens, Cinder.
Je me baissai pour le prendre dans mes bras.
— Allons chercher un chocolat chaud et des pâtisseries.
— Sérieusement ? se moque Alice. Tu utilises ton familier pour te défiler ?
Je l’ignore et les dépasse toutes les deux. Si je fais vite, il y aura encore du monde en cuisine et je réussirai facilement à négocier quelque chose pour Cinder. Là-bas, au moins, ils ne prennent pas son problème de santé à la légère. Pas comme ces idiotes.
— Tu deviendras jamais rien, si tu continues à t’abaisser au niveau de ton pathétique familier ! lance Elsa dans mon dos.
Je serre Cinder contre mon cœur.
— Nous verrons cela, rétorqué-je sans me retourner.
Je sais qu’elles se trompent toutes les deux. Parce qu’un jour, je serai celle qui aura enfin trouvé un remède au Mal qui frappe de plus en plus souvent nos familiers. Ce jour-là, ma Magie me permettra de soigner Cinder. Au diable le club, au diable mon père. J’ai des cours de potions à réviser.
Cette brève histoire met en scène Eleanor et son dragon familier Cinder, de Rituels oubliés (en cours d’écriture).